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L'essence par Alexis Desolneux
Bmx 22/10/2002 L'essence par Alexis Desolneux
Tout n'est pas tout blanc ou tout noir dans la vie, il existe des versions hybrides et Alexis dont le niveau en street n'a d'égal que son originalité en flat, sort une version alternative du matos bmx...
Tout n'est pas tout blanc ou tout noir dans la vie, il existe des versions hybrides et Alexis dont le niveau en street n'a d'égal que son originalité en flat, sort une version alternative du matos bmx qui va surtout réconcilier les streeter et les flatlanders.

Racontes-nous l'histoire, qui est à l'origine de L'essence et qui la dirige aujourd'hui ?
En fait les choses remontent à ma dernière année chez Sunn, c'est-à-dire 2000, où j'ai eu la chance de faire fabriquer un proto de cadre. À l'époque, je m'étais mis à rêver d'un cadre de flat qui me permette de rouler aussi en street. Je ne voyais ce cadre nulle part, les cadres "polyvalents" de l'époque comme le Shaman de Standard ou le Warpig d'S&M étant mal adaptés au flat. J'étais très satisfait du proto mais ensuite, cela ne s'est pas passé comme je le souhaitais chez Sunn. Je les ai quitté et le cadre que j'avais dessiné à l'époque a été modifié et commercialisé ensuite en portant malgré tout le nom que j'avais choisi : "Stereo". À partir du moment où j'ai eu cette idée de cadre, il m'était bien difficile de la mettre de côté. Or, au même moment, Pascal Mintovt d'Asphalt Distribution me parlait de refaire des pièces Asphalt avec l'aide des Allemands de Dragonfly et d'éventuellement travailler sur ce cadre. C'était une véritable chance et tout excité que j'étais, je me suis dit que c'était peut-être aussi l'occasion de m'exprimer davantage par la suite en démarrant quelque chose de nouveau avec un "concept" et un nom tout neufs. J'ai donc commencé à chercher un nom et à force de dire des bêtises avec un comparse, ce nom idiot de "L'essence" s'est imposé. À ce jour, "je fais L'essence" dans mon salon/bureau lorsque je ne suis pas sur mon vélo, Matthias et Stefan de Dragonfly s'occupent de produire mes gribouillis et de les distribuer dans quelques pays et Pascal gère, lui, la distribution pour la France avec Asphalt.
C'est grâce à cette répartition du travail que je peux poursuivre ce projet sans bouger de ma place de "rider", ce qui est crucial pour moi. C'est d'ailleurs une des idées de L'essence : ne jamais oublier que l'acte de rider est un moteur, une source d'énergie, ne pas laisser le business, la compétition et l'argent en général nous détourner du principal, de cet acte tout simple de faire du bmx comme une source de bien-être. Amen!
 
NEKO Pourquoi tant de temps pour sortir ce cadre ?
La première des raisons, c'est que je souhaite faire du matos de qualité ce qui implique de tester les pièces correctement, en particulier les cadres puisque c'est par cela que nous avons commencé. Cela a pris du temps certes (quelques difficultés de production, changements d'usine etc.), mais au moins, j'ai eu le temps de me rendre compte de ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas et je trouve que c'est la moindre des choses lorsque l'on s'apprête à produire des objets qui seront ensuite vendus à des personnes !
J'ai acheté pas mal de cadres à mes débuts et un cadre qui fêlait au bout de six mois me mettait le moral à zero. Enfin, ce qui a certainement ralongé le processus, c'est que dessiner un cadre adapté à la fois au flat et au street nécessite un certain tâtonnement et une précision sur les cotes et les angles en général. J'ai par exemple essayé plusieurs longueurs, donc plusieurs protos, ce qui a pris du temps.
 
Voici plusieurs mois qu'il est sorti, ça se passe comme tu veux ?
Tu sais, je n'aurais jamais imaginé faire ce que je fais aujourd'hui, c'est-à-dire rouler sur du matos que je dessine, donc c'est déjà pour moi une grande satisfaction. Au niveau riding, je me suis engagé sur un chemin étrange où le flat vient influencer ma façon de faire du street et bizarrement, l'idée de faire L'essence m'est venue au moment où je me suis mis à voir le riding de cette manière, c'est-à-dire sans craindre de voir le street s'ouvrir au flat. L'essence est un peu la manifestation matérielle de cette idée-là avec de nouveaux besoins liés à cette évolution du riding... Se laisser guider par ses envies et non les tendances, que ce soit en flat ou en street. Pour revenir à ta question, oui, ça se passe à peu-près comme je le veux ; je n'ai pas démarré ce projet avec des signes € plein les yeux mais plutôt une envie de permettre à un certain de type de matos de voir le jour et de rendre le bmx encore plus amusant grâce, je l'espère, à ce cadre utilisable à la fois sur les aires de flat et le relief urbain autour de celles-ci...
 
KONEKO Parlons matos, tes 2 cadres se ressemblent beaucoup, n'as tu pas peur que les flateux pensent que c'est un cadre de street et vice versa ?
Je n'ai pas peur qu'ils pensent ça puisque je trouve, en général, les cadres de street bien plus attractifs que les cadres de flat. À la limite, j'espère qu'ils vont les prendre pour des cadres de street au premier coup d'oeil, puis qu'ils regarderont les cotes de géométrie et comprendront qu'il s'agit bien de cadres de flat. Je pense que de nos jours, les riders (streeters comme flatlanders) savent quelle longueur de vélo leur convient donc c'est à eux de choisir. Mais ta question est intéressante parce qu'effectivement, je connais des streeters ravis de rouler sur un 19,6 pouces car ils mesurent dans les 1m70 et apprécient les vélos courts et maniables ; de même que je connais des flatlanders pour lesquels un cadre en 19 pouces est trop court (je suis de ceux-là). Je souhaite qu'ils soient des cadres de bmx avant d'être des cadres de "flat". Je n'apprécie pas trop cette tendance de la scène flat à vouloir se séparer du reste du bmx et le matos que je dessine est certainement à l'image de cela... d'autant qu'il est tout-à-fait possible de concevoir des cadres de flat qui n'aient pas un aspect ridicule.
 
Toi qui les a testés plus qu'un autre, qu'ont-ils de plus que les autres, que dirais-tu pour convaincre quelqu'un qui hésiterait encore à les acheter ? Quels en sont les points forts et les points faibles ?
Ce sont des cadres de bmx, ce qui veut dire qu'il est possible de faire des bunny-hops avec ! Je dirais aussi qu'il s'agit de matos solide pour un poids raisonnable (2,85 et 2,9 kgs). J'ai testé des tubes de diamètre plus petit en espérant alléger encore un peu plus et il y a eu des problèmes... donc pour certains, ce ne sera pas assez léger, mais les autres seront contents d'avoir un cadre d'une bien meilleure durée de vie. Ensuite, je sais maintenant qu'il est possible de rouler en flat et en street avec les deux. Bien sûr, le Neko, le plus long (19,6) sera un peu mieux adapté au street mais c'est vraiment relatif à la taille du rider. Je mesure 1m81 ce qui est grand (mais pas non plus très grand) et le Neko, monté bien court à l'arrière, me convient parfaitement. Le rider peut aussi monter une fourche droite ou déportée selon qu'il roule plus en flat ou en street. Je crois que ce sont des cadres "ouverts", équilibrés au niveau de la géométrie, sur lesquels il y a la place nécessaire pour les squeaks ou les blocages/relances au pied, le top tube est bas pour le flat, la direction de 75° bonne en flat comme street, etc. Je n'ai pas souhaité sortir un cadre de flat ultra-court mais plutôt un cadre qui ne limite pas le rider, non seulement à la seule pratique du flat, mais aussi à un certain type de riding flat ! Pour moi la liberté est de rouler sur ce type de cadre, qui me permet de rouler pratiquement n'importe où ce qui est en plus très appréciable en voyage, mais c'est à chacun de voir le matos qu'il lui faut.
 
Quels sont les particularités du cadre ?
Le Koneko fait 19,1 pouces de top tube, le Neko 19,6 et les deux cadres font 13,4 pouces aux haubans arrières en butée ; leur angle de direction est de 75° et pour le puit de selle, 72°. Le triangle avant est fait de tubes double-butées (gain de poids pour une même solidité) et la colonne de direction renforcée, le boitier de pédalier et les pattes sont en cro-mo traité. Cadres tous tubes cro-mo.

Penses-tu que le marché street/flat à un avenir ?
Le "marché" je ne sais pas mais le riding sans aucun doute !

Que penses-tu de la scène française ?
Quelle large question... Beaucoup, beaucoup de spots sur un territoire cinquante fois plus petit que les États-Unis, j'ai envie de prendre un train et d'aller rouler quelque part rien que d'y penser. Peu de parks couverts comparé à l'Angleterre mais des spots de flat dans toute agglomération et du street à gogo, ouvrez les yeux ! Pour la scène, c'est plutôt bien, il y a beaucoup de jeunes qui arrivent, des contests locaux très intéressants, deux magazines pour couvrir tout cela, deux video-magazines, des trails magnifiques, "Imprudence", "Solitaire", etc. Ce que je veux dire, c'est que l'on peut toujours se languiner de ne pas avoir ceci ou cela mais beaucoup de gens se bougent ici et font des choses avec de bonnes motivations et qu'il faut supporter ces gens-là ou se mettre aussi au travail. Je ne souhaite pas une scène française à l'américaine, sur-médiatisée, mais plutôt un réseau actif de passionnés en contact réel avec le bmx et ses besoins. Je vois le bmx comme quelque chose d'alternatif et pas quelque chose qui doit imiter "Les grands" comme le football ou la "Star Academy" pour se faire accepter en société. Nous perdrons tout à cela. J'espère donc juste que ce réseau que je souhaite, je le répète, "alternatif", continue de se tisser : "Think globally, act locally !".

Quelles sont les prochaines pièces?
Des pegs flat dont dont tu as pu voir les premiers protos sur le vélo de Pascal (Mintovt), une fourche flat utlisable en street, et bien sûr d'autres pièces dès que possible (guidon, plateau, potence). Je me mets aussi au travail sur de vrais pegs flat/street...

L'avenir de l'essence, tu l'espères comment ?
Je vois le bmx comme un mode de vie, une alternative au modèle social actuel et j'aimerais offrir cette vision-là à ceux qui commencent, qu'ils aient un autre exemple que celui véhiculé par les gros médias genre ESPN et même RIDE US (le modèle "pros, contests, gloire et beauté"). J'aimerais juste que L'essence donne envie aux gens de faire leur truc, quel qu'il soit... même si ce n'est pas du bmx ! Si je fais cela maintenant c'est parce que j'ai été motivé par des gens impliqués dans d'autres domaines que le bmx, comme la musique indépendante. C'est une façon de continuer et d'évoluer dans ce sens-là pour moi, dire aux gens "pensez aux conséquences de vos actes, soyez
vous-mêmes et amusez-vous". À l'idéal, je voudrais que les activités de L'essence reflètent ce mode de vie : road-trips, voyages, vidéo, etc. J'espère pouvoir développer cela car c'est la seule forme de développement qui m'intéresse (hors de question de vouloir "grossir pour grossir"), et pour cela je souhaite constituer un groupe d'amis de tous horizons partageant tous ce même feu intérieur pour le riding.
Je voudrais simplement que les jeunes riders comprennent que ce n'est pas parce que le riding (malgré tout humain) de Martti Kuoppa ou de Van Homan existe, que leur riding à eux, celui de tous les jours, celui qui les rend heureux, n'existe pas. J'espère que L'essence va refléter ce sentiment, à travers les possibilités d'utilisation qu'offrent les produits en passant par toutes les activités de ses riders.

Si tu as quelque chose à ajouter, des remerciements...
Merci pour tes questions ! Je voulais aussi remercier Daniel Mini, Lionel Cardoso et Julien Pouplin pour tous les coups de main, bien sûr Matthias, Stefan et Pascal puis tous mes amis et mes compagnons de riding quels qu'ils soient, où qu'ils soient... Bon riding et bonne journée à tous.

Merci à toi
 
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