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14/08/2001Lionel Cardoso
Agoride > Bmx > Interviews
 14/08/2001 Lionel Cardoso

Un rider français qui n’a pas peur de se lancer dans le business, et qui le fait avec soin. Rencontre avec un passionné surbooké qui agite la scène française en bmx.
 

Nom prénom matricule

Lionel Cardoso, 26 ans.



Depuis combien de temps ride tu ?


Je roule depuis le mois de mai 1989. Donc 12 ans. Je n'ai toujours fait que du flat. C'est Eddy Palmier qui m'a fait découvrir le BMX et je l'en remercie beaucoup.



Avec qui et où roules-tu ?

Quand j'ai le temps de rouler, je vais à Chelles le week-end et en semaine, je roule le soir au secret spot à Paris. Je roule avec les personnes qui sont là pendant les sessions et le plus souvent ce sont les mêmes : Alexis D., Christophe D., Armin, Woody, Stef Libersac et Gael, les locaux du spot à Paris et mon pote Michael.



Tu as décidé de te lancer dans la commercialisation de pièces de BMX (Fresh Bikes) après plusieurs années quel en est le constat ?

Cela fait un peu plus de 2 ans que j'ai lancé Fresh Bikes et le résultat est mitigé. Le BMX (et donc le marché) est en plein développement mais en même temps les pièces sont de plus en plus chères à cause du dollar qui est passé de 6 francs à 7,50 F en 2 ans. Donc cela ralentit pas mal les choses. Fresh Bikes est donc aujourd'hui plus ou moins stable en tant que société. Mais je ne peux toujours pas prendre d'employé et me payer plus que le smic. Donc c'est pas la gloire mais au moins je fais ce que j'aime. Heureusement, les marques Européennes et même Françaises se multiplient et proposent de plus en plus de produits bon marché. Ce qui est très bien et permet aux plus jeunes de se lancer sans se ruiner. Et puis il ne faut pas oublier que la qualité du matériel n'a jamais été aussi bonne. Néanmoins, je pense que la France manque cruellement de bons contests pour que la scène se développe vraiment, même si l'explosion du dirt et du street a beaucoup aidé les choses.


Pourquoi n'y a t-il pas de Flatlanders dans ton team sachant que toi tu fais du flat, est-ce une raison économique (il y a plus de gars qui font du dirt ou du street) ?

C'est une bonne question et on me l'a souvent posé. Ce n'est pas du tout pour une raison économique ou commerciale. D'une part, tous les riders en flat auxquels j'ai pensé et qui ont un niveau que j'estime acceptable sont déjà sponsorisés. En plus, l'ensemble de mon team est composé de bons riders qui sont avant tout des personnes et je mets un point d'honneur à les choisir en fonction de leur personnalité. Je préfère choisir un gars un peu moins fort mais qui est cool plutôt qu'un tueur qui se la raconte. Et donc j'estime qu'en France, jusqu'il y a peu, personne ne correspondait aux critères que je m'étais fixé : bon niveau en flat, bonne personnalité. Depuis le contest de Gemenos (king of Paca), je file des pièces We The people à Alex Alajbegovic. Un expert qui monte et qui semble avoir un avenir brillant. Il n'est peut-être pas le nouveau Martti Kuoppa mais au moins il se prend pas la tête et j'aime ça et puis il commence à avoir un petit niveau expert intéressant.



Arrives-tu à rouler ?


Il est vrai qu'avec toutes mes activités, je n'ai plus trop le temps de rouler. En fait, j'ai des périodes. Parfois je vais rouler 4 fois par semaine, des fois je vais pas rouler pendant un mois. Etant donné que je suis seul sur Fresh Bikes, les fins de journée ne sont pas évidentes et parfois je n'ai plus d'énergie pour rouler, après avoir répondu au téléphone, fait les colis, les commandes, envoyé les catalogues, fait les pubs, etc.... . Et puis le business avec les USA se fait en soirée (avec le décalage horaire) donc c'est pas évident à gérer. Et puis en soirée et les week-ends, je m'occupe souvent du magazine (Soul). Ca fait des journées bien remplies (voire trop). Malgré tout, j'adore toujours autant rouler et dès que j'ai du temps, je file au spot. D'ailleurs, en ce moment, j'ai l'impression d'avoir de nouveau 15 ans tant le riding est redevenu plaisant.



Peux-tu nous parler de Soul, magazine Français de BMX ?


Soul est le magazine que nous avons créé avec Olivier Varma, Alexis Desolneux, Olivier Weidemann, Gervais Rousseau, Vincent Guedes et Franck Duflo. Cela fait maintenant pile 3 ans. On va bientôt sortir le numéro 15, ce qui est pas mal. Le mag n'a cessé de grossir et de gagner en qualité et les derniers numéros m'ont beaucoup satisfait en tant que rédacteur en chef. L'équipe de base a pas mal changé et je pense qu'on est en train d'arriver à une certaine maturité, que ce soit au niveau de la régularité de sortie, de la qualité et de l'entente au sein de l'équipe. Au final je suis content et je trouve qu'étant donné le travail que cela représente d'essayer de couvrir tous les aspects du bmx, on s'en sort plutôt bien. Souvent je crois que les lecteurs ne se rendent pas compte du travail qu'il y a derrière. Et quand je vois qu'ils sont satisfaits de ce qu'ils achètent alors ça me rend encore plus content.



Vous ne vous tirez pas trop la bourre avec Cream ?


Non, pas du tout et ce n'est pas le but, au contraire. Je pense que les deux magazines sont complémentaires car nous couvrons chacun différents aspects du bmx. Eux ne font pas la race et sont un peu plus axés sur l'étranger, avec une partie du mag en anglais. Avec Soul nous essayons de couvrir un peu plus la scène française qui se développe de plus en plus et qui devient super intéressante et de couvrir tous les aspects et les différentes disciplines du bmx. Et puis depuis le début, on a aussi la tournée Soul qui, chaque année, est un sujet propre à notre mag. En plus, on arrive à sortir en décalé et quand cela fonctionne bien, ça fait comme si il y avait un mensuel de bmx avec deux magazines, un mois sur deux, qui s'alterne dans la sortie. Je pense également important qu'il y ait deux magazines, car cela donne plusieurs points de vue. Il n'y a pas de dictature des opinions comme à l'époque avec Bicross magazine où il n'y avait qu'un point de vue, qui n'était pas très engagé et qui essayait en plus de contrôler la scène en lançant des modes sans intérêts... En plus, avec Cream et Soul, nous arrivons à couvrir l'ensemble de l'actualité et c'est cool. D'autre part, je pense qu'un troisième mag serait de trop car il y aurait une surcharge d'information et au bout d'un moment ça tournerait en rond. Les sujets s'épuiseraient à vitesse grand V et ça deviendrait répétitif. Quand on voit que parfois, un événement est couvert par tous les magazines français et étrangers, il n'y aurait aucun intérêt que ce soit dans un magazine en plus. En plus, financièrement, je pense qu'il n'y a pas les moyens en France que trois magazines viables survivent. Cela voudrait dire qu'un d'entre eux serait bâclé par manque de moyens. Et ce serait dommage de gâcher tant d'énergie et de moyens alors qu'il y a tant d'autres choses à faire pour développer notre sport.



Toujours pour revenir à tes racines, pourquoi n'y a t'il pas plus de Flat dans Soul ?

Si on y regarde de plus prêt, il y a du flat à chaque numéro de Soul et en bonne quantité, ce depuis le début. Sur les 80 pages de contenu du mag, il y a un peu prêt un quart qui est consacré à chaque discipline : ¼ race, ¼ flat, ¼ street, ¼ dirt. Il est vrai que nous n'avons pas beaucoup fait de couvertures avec du flat mais, à l'intérieur, le contenu est bien là et à chaque numéro. Etant donné que nous voulons couvrir tous les aspects du bmx, nous sommes obligés de partager le nombre de pages entre les différentes disciplines. Et je trouve que c'est très équitable. Quand je vois que dans certains Ride US, il n'y a parfois que 4 ou 5 photos de flat sur 200 pages... Je me dis qu'on n'est pas si mal.



Que penses-tu de l'ambiance de la scène Française ?


L'ambiance de la scène française est plutôt bonne en général. A chaque contest, tout le monde est content de revoir ses amis de l'autre bout de la France, de faire la fête et de rouler à fond. Evidemment il y a toujours des exceptions à la règle qui peuvent mettre mal à l'aise, mais dans l'ensemble, c'est du bon. Il y a toujours des petits clans qui se forment et qui se font des guéguerres à deux francs mais cela ne concerne que quelques personnes et ne représente pas la majorité qui eux font que l'ambiance est bonne. Donc, c'est cool.


Tu es parti 1 an aux USA cela te manque t'il et l'ambiance y est-elle différente ?

Effectivement, j'ai fait un stage de 1 an aux US. C'était en 93/94 et à l'époque ce n'était pas pareil. C'était la fin du creux de la vague pour le bmx et il y avait encore une bonne ambiance familiale là-bas entre les riders. Il y avait vraiment un sentiment d'appartenir à une grande famille du bmx. Ca a beaucoup changé et je crois que nous ne sommes pas plus mal logés en France en ce moment, au niveau de l'ambiance. Là-bas, le bmx est un marché énorme et les enjeux commerciaux sont devenus tellement importants que les relations entre les gens ne sont plus les mêmes. Et c'est dommage. Donc ça ne me manque pas trop surtout que je pense que tout est à faire ici et qu'il est bien plus important de s'occuper à développer la scène ici qu'à envier ce qu'il se passe là-bas.



Il paraît que tu vas lancer une marque de BMX, peux-tu nous en dire plus ?

C'est un de mes projets, effectivement. Ca s'appellera THE5TH (Le cinquième, en français dans le texte). Pour l'instant, nous en sommes au stage de prototypage. On teste différentes idées avec Vincent Poupinot et Vincent Vernet pour un cadre de street/dirt. En ce qui concerne la sortie, je ne suis pas pressé du tout. Je veux que les choses soient bien faîtes. D'autant qu'en ce moment, je n'ai pas trop les moyens de me lancer. Je préfère prendre mon temps et faire bien, quitte à ce que les choses traînent un peu. La priorité, c'est de sortir un cadre avec le meilleur rapport qualité-prix possible. Pas mal de petites innovations techniques qui tiennent compte des besoins du riding moderne sont prévues et ça devrait changer pas mal de choses dans la construction des cadres en général. Les cadres seront fabriqués à Taiwan chez le même fabricant que Macneil et Volume. Donc une bonne finition et une bonne qualité au programme. Les protos qui sont testés en ce moment sont d'excellente qualité, dignes d'un cadre US, donc je suis confiant. Et puis rapidement, je voudrais dessiner un cadre de flat et d'autres pièces. Si tout se passe comme souhaité, je pense que les premiers cadres de street pourraient arriver tout début 2002.



Que pourrais-tu dire aux débutants tout frais dans la scène Free ?

De s'amuser et de se faire plaisir avant tout ! De ne pas se prendre la tête avec les contests, de profiter du bmx pour voyager, rencontrer des gens, apprendre à faire autre chose (des photos, des vidéos, des fanzines ou des fringues, par exemple). Bref de vivre le bmx à fond car c'est une excellente école de la vie. Et puis surtout, de ne pas hésiter à aller voir les plus anciens pour leur demander conseil. Je pense que les anciens ont un rôle important de motivation et d'encadrement des plus jeunes et qu'il ne faut d'ailleurs pas hésiter à monter des assoces locales pour fédérer les jeunes et les réunir dans des endroits encadrés.



Comment vois-tu l'avenir du free ?

Je pense que nous sommes en train d'écrire l'histoire du bmx. Difficile de prévoir l'avenir puisque notre sport est tout nouveau (à peine plus de 20 ans...) et que chaque phase que nous vivons est différente de ce que nous avons pu déjà voir. Néanmoins je pense que nous vivons en ce moment un pic. Le haut de la vague et que celle-ci devrait bientôt redescendre un peu. Mais cette fois-ci, ce ne sera pas comme dans les années 90 puisque désormais la majorité de l'industrie du bmx est gérée par des riders. Alors qu'au début des années 90, le bmx était aux mains de gros industriels qui ne faisait pas la différence entre un feeble grind et un no hand. Demain si tous les gros industriels du bmx s'en vont, cela ne sera pas un problème car les principales compagnies sont aux mains des riders. D'autant plus que le nombre de pratiquants intensifs n'a jamais été aussi important dans le monde. Le bmx n'est plus un phénomène de mode. Il est devenu un sport reconnu où beaucoup d'argent est en jeu et les gros industriels ne le regardent plus de la même façon qu'il y a dix ans. En ce qui concerne les tricks, je pense que que cela va devenir de plus en plus créatif car c'est le côté qui prend le plus d'importance. On a laissé place à l'imagination et on se préoccupe un peu moins des résultats en contest. Et c'est cool.



Quels sont tes projets pour l'année à venir ?

Comme d'habitude, j'ai beaucoup de projets... Un peu trop d'ailleurs, mais c'est ma nature. J'adore me lancer dans de nouveaux challenges. J'aime acquérir des nouvelles connaissances en permanence... J'ai un projet de vidéo du team Fresh Bikes qui a été lancé il y a peu et qui s'annonce bien, étant donné les gens qui composent le team, même si cela prendra beaucoup plus de temps que prévu à réaliser. Sinon, comme mentionné tout à l'heure, il y a la marque de vélos THE5TH qui devrait voir le jour d'ici peu. J'aimerais également développer Perfect Twenty, pour que cela devienne plus qu'une marque de t-shirts, une vraie marque de vêtements bmx. Et puis évidemment, il y a toujours Fresh Bikes qui j'espère va enfin prendre son envol et puis le magazine qui ne cesse de s'améliorer et que je voudrais encore faire évoluer. Mais le tableau ne serait pas complet sans une bonne dose de riding en flat saupoudré entre tous ces projets. Il ne faut pas oublier le principal !





Dedicaces

Un grand merci à Agoride pour l'interview. Merci à tous les gens qui travaillent avec moi sur le magazine Soul. Un énorme merci à ma famille et surtout à ma mère, qui m'a toujours soutenu dans toutes mes actions et mes choix. Spéciale dédicace à (dans le désordre) : Alexis D, Armen, John Petit, Jean-Claude, Eddy Palmier, Christophe " D'acier ", Stef L. et Gaël, Michaël a.k.a. Double Kay (my brother), Frame, Flava, Hervé AB, Dan & John Mini, tout le team Fresh Bikes, Stu (c'est ça ouais...), Sandra (my one and only), tous les Mexicos, Bart DeJong, tous les flatlanders, Laurent Loustalot, les Monégasques, les Clandés, les Regular, Seb Caldas, Pat Guimez, tous les gens qui se bougent le cul pour le bmx, tous les gens avec qui j'ai déjà roulé ou qui m'ont déjà hébergé chez eux.


 




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